Justin Nague Riverin est cet innu de Pessamit qui est né à Lorreteville près de la communauté Wendat, près de la ville de Quebec. Né d’une mère nord-côtière et d’un père ivoirien, ce jeune innu noir se présentecomme « un double côtier ». À son jeune âge, il dit n’avoir pas constaté que son identité noire le rendait différent de ses frères et sœurs Wendat. Tout le monde le traitait avec beaucoup d’affection et de respect, ce qui ne lui donnait aucune raison de se demander pourquoi son teint était plus foncé et ses cheveux plus frisés que les autres enfants de son âge.

Toutefois, avec le passage des années, surtout quand il commença à visiter la Côte-Nord, il s’est vite rendu compte qu’il était bien différent. La curiosité et le regard des autres enfants innus qui n’étaient peut-être pas habitués à voir quelqu’un parlant la même langue qu’eux, avec un teint plus foncé, avaient tout de suite réveillé en lui le questionnement sur sa particularité. Il comprenait évidemment qu’il était un petit peu différent d’eux, mais il lui a fallu du temps pour mieux saisir pourquoi cela était visible sur la Côte-Nord et non pas dans la communauté de Wendake où on ne le traitait pas différemment.

Revenu dans sa communauté de Pessamit, il était sous la protection de son grand frère qui était prêt à le défendre face à toutes les éventualités. Mais l’identité des Noirs étant déjà mieux connue parmi ses frères et sœurs innus, grâce aux sportset à la musique, il y avait donc moins de regards de curiosité envers lui. D’ailleurs, grâce à ses exploits en sports, surtout au basket-ball, il était bien apprécié parmi ses pairs.

Ensuite, il retourna à Quebec où il fut accueilli dans une famille noire. N’ayant jamais vécu dans une famille africaine, cette expérience fut, pour lui, une forme d’initiation à la culture africaine. Il découvrira les repas, la musique traditionnelle et les cultures africaines. C’est proprement à partir de cette époque que Justin s’est intéressé de plus en plus à son identité noire.

Au retour sur la Côte-Nord, il déploie ses talents dans les sports et l’animation communautaire. Il joue au théâtre, part au portage, participe dans des activités culturelles innues. C’est aussi à ce moment qu’il développe son talent au basket-ball, et participe à plusieurs Jeux autochtones Inter-bandes (JAIB).

Ensuite, il rentre au Cégep de Sainte-Foy où il souhaitait continuer ses études et sa carrière en basket-ball collégial. Mais il changera d’avis et partira sur le marché du travail. Pour quelques années, il travailla dans les domaines de la restauration. Et huit ans plus tard, Justin décida de se réorienter vers une formation en charpenterie. Après sa formation, il rencontra son amour Katia Dominique avec qui il a déjà 2 enfants. Ensemble ils décidèrent de retourner sur la Côte-Nord où il s’est rapidement intégré à nouveau au marché du travail et apporta son expertise dans plusieurs communautés de la région.

Puis, Justin décida de poursuivre la recherche de son identité noire. Il se rappelle, d’ailleurs, avec affection son voyage en Côte d'Ivoire à la recherche de son origine ivoirienne, et à la rencontre de ses autres frères et sœurs ivoiriens.

C’était un autre moment de découverte, car même si au Québec on le considère plus comme un noir, en Côted’Ivoire, son identité noire ne fait pas l’unanimité. Alors que certains le considèrent comme métis, d’autres le voient comme un blanc, alors que lui-même sait qu’il est à la fois innu et noir, ou encore, comme il le dit lui-même, un « entre deux côtes » — Côte D'Ivoire et Côte-Nord.

Aujourd’hui, Justin porte ses doubles identités avec fierté, et sait que les valeurs de ses ancêtres innus et noirs sont des balises sur son chemin. Il continue à profiter de la richesse de leurs histoires, et à apprendre à naviguer entre ces deux mondes. Aujourd’hui, il se dit choyé, et se sent chez lui partout, mais tout en sachant que parfois, il lui faut travailler plus fort que les autres pour se faire reconnaitre.

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  • MHN-Côte-Nord

Originaire de la Côte d'Ivoire, Marie a vécu dans plusieurs villes de son pays dont Abidjan, la capitale économique. Elle y a travaillé comme enseignante au secondaire dans un lycée. Reconnu pour sa qualité de vie, son climat sécuritaire et pour son système éducatif exceptionnel, le Canada a toujours été son rêve d’enfance. Lorsque l’occasion s’est présentée à elle, elle a aussitôt débuté sa procédure d’immigration. Vingt mois plus tard, elle a obtenu la confirmation de la résidence permanente. Marie effectuera d’abord un premier voyage au Canada pour valider sa situation administrative avant de faire le grand saut définitif. Elle retournera dans son pays un mois plus tard. Elle voulait être plus préparée pour cette nouvelle et exaltante aventure.

Mais, à la suite d’une crise politique survenue en 2010, Marie ne se donnera pas d’autres chances. Elle rentre au Canada et s’installe d’abord à Montréal. Elle était consciente des enjeux qu’elle devait affronter. Pour elle, quitter sa famille, ses amis et son travail et recommencer à zéro constituait le premier défi. L’heure n’était plus au questionnement, il fallait trouver son chemin, se disait-elle. Dans ses premiers moments, elle fait des petits boulots çà et là pour subvenir à ses besoins....

Elle rencontrera plusieurs de ses compatriotes à qui elle confiera son désir d’exercer la profession qui l’a toujours passionnée, l’enseignement. Grâce à ces informations, elle obtient son admission à l’Université d'Ottawa . Elle déménage alors à Gatineau pour débuter son baccalauréat en enseignement.

Elle postule et obtient un poste d’enseignante au Manitoba. Elle y restera pendant 6 ans. Bien qu’elle jouisse d’une stabilité professionnelle, l’envie de retourner au Québec l’animait.

Et comme le hasard fait bien les choses, un de ses collègues du Manitoba lui parle d’un poste disponible à Schefferville. Une fois encore, Marie saisira cette opportunité. Il faut dire qu’elle était, au début, craintive du grand froid et était effrayée à l’idée de rencontrer des ours polaires en pleine rue. Avec des recherches sur google, elle se rassurera.

Ce jour fatidique du 24 août 2020, jour de son arrivée à Schefferville, va changer complètement sa perception de la ville du grand nord. Le beau paysage, les montagnes et les lacs qui entourent la ville donnent une touche paradisiaque à l’endroit. Il y a des hôtels, des restaurants, des épiceries, des stations d’essence, un aréna, en somme, on y trouve la plupart des conditions pour parler de ville.

Marie était émerveillée et se demandait pourquoi n’avoir pas été là avant. Elle l’était encore plus lorsqu’elle a vu l’école et a rencontré ses collègues. Elle ne se sent pas seule à Schefferville, il y a une bonne communauté africaine. De plus, la communauté hôte est très accueillante. Marie voit des ressemblances entre sa culture avec celle des Innus. Elle apprécie l’humanisme dont font preuve les Innus. Les personnes âgées sont bien traitées et valorisées. Elles vivent dans les familles avec les enfants et leurs petits-enfants. Ce lien est très important pour l’enseignante originaire de la Côte d’Ivoire.

De plus, le quotidien de Marie est enrichi par une pratique pédagogique de plus en plus affinée du fait de la petite taille de sa salle de classe. En effet, l’effectif réduit de ses élèves lui donne l’occasion de mieux connaitre leurs besoins et d’y répondre du mieux qu’elle peut. Marie voit en cela, une belle occasion de tisser une bonne relation avec ses élèves et d’avoir une collaboration privilégiée avec les parents. Tout ceci participe à son épanouissement professionnel ainsi qu’à son intégration sociale.

Ce que Marie souhaite laisser comme héritage, ce serait, à ses élèves, le souvenir d’une enseignante qui a fait de leurs défis une force et pour la communauté, une intégration facilitée par la présence d’Africains comme elle, ainsi que par la similitude entre la culture innue et celle de la Côte d’Ivoire, sa terre natale.

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Olivier Nijimbere est né au Burundi, un tout petit pays situé en Afrique centrale. En 1993, une guerre civile éclate. Tout comme des milliers d’autres Burundais, Olivier trouve refuge dans un pays voisin. C’est uniquement en 1995 que la réunification de sa famille est possible dans un camp de réfugiés en Tanzanie.

Après des années de séparation, de misère insurmontable et d’horreur, la famille goûte à nouveau à un semblant de vie « normale ». La vie n’y est cependant pas facile. Olivier et sa famille vivent dans les contraintes du rationnement de nourriture. Le gaspillage n’existe plus. Ils doivent aussi apprendre à vivre avec des milliers de gens déplacés. La misère est quotidienne et la vie prend un tout autre sens.

C’est le 9 août 2000 qu’Olivier atterrit à l’ Aeroport De Mirabel. Après des années de misère au camp de réfugiés, le désir d’habiter une petite ville occupe l’esprit de ses parents. Ils emménagent donc à Joliette. Le choc est immense pour la famille Nijimbere. Tout est différent. Ils tombent toutefois sous le charme de leur nouvelle ville. Olivier y fera ses études primaires, secondaires et collégiales.

Il quitte Joliette pour s’installer à Trois-Rivières, afin de poursuivre ses études universitaires. Olivier est une personne acharnée, persévérante. À cette époque, il a la ferme conviction qu’il doit réussir son parcours universitaire pour avancer avec succès dans la vie.

Dans sa tête, tout vient avec les efforts; rien ne s’obtient par la facilité. Ainsi, il obtient son baccalauréat en biologie médicale.

Tout comme plusieurs autres nouveaux arrivants sur la Côte-Nord, c’est l’amour qui l’amène dans la région. Un jour, sur le quai de Joliette, Olivier rencontre la femme de sa vie, Marie-Hélène Emond. Pour Olivier, il n’y a pas d’hésitation. C’est la plus belle femme du monde! Ils s’installent sur la Côte-Nord en 2010. Olivier travaille au Tim Hortons.

Le restaurant appartient alors à ses beaux-parents. Olivier poursuit ses études et, en 2015, il obtient une maîtrise en Administration des Affaires et en Santé et Sécurité à l’Université Laval (MBA). En 2018, Olivier et sa conjointe achètent la franchise du Tim Hortons de Port-Cartier. Cette nouvelle fonction est exigeante et Olivier peut toujours compter sur l’aide de sa belle-famille. Leur soutien est essentiel.

Marie-Hélène et Olivier ont aussi choisi de fonder leur famille. Ils sont les heureux parents de trois petites merveilles; Hélios, Aimée et Jade. Ils attendent impatiemment leur 4e enfant qui viendra au monde sous peu.

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