• Nnaemeka Ali, O.M.I

Décolonisation par l’échange de semences


Le territoire Algonquin d’Adawa (Ottawa) est typiquement vert. Des nouveaux visiteurs remarquent rapidement que les arbres, les parcs, les jardins et les résidences cohabitent harmonieusement. Car, à chaque coin de la ville, se trouve un coin réservé à la végétation.

En effet, en cette période où le monde fait face à l’urgence climatique, cette ville semble porter hautement son chapeau de leadership. Entre 2015 et 2018, elle s’est donné deux priorités :

1. Appuyer la durabilité environnementale de la cité d’Ottawa afin de protéger les propriétés, les terres, l’air et l’eau pour les résidents de la ville. Et

2. Réduire les coûts à long terme grâce aux l’investissement planifié et qui tiennent compte de mécanismes de contrôle de réchauffement climatique dans toutes ses constructions et préservations des biens publics. Ottawa se fait vraiment proactive, ciblant une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 80 % d’ici 2050.

Les autorités de la ville invitent donc les organismes, les gens des affaires, et les citoyens à se joindre à eux pour transformer ce souhait en réalité.

Pour donner suite à cette demande de la ville, en 2020, Mélanie Oulette lance une initiative, qui me semble révolutionnaire. On peut même penser à une forme de sérendipité (covidipité), mais lorsqu’on rencontra de belles initiatives nées au temps de Covid-19, le projet Ottawa Wildflower Seed Library en fera sans doute partie. Ottawa Wildflower Seed Library est une initiative des citoyens qui fait la promotion des plantes native au Canada. Dans le site web de cette initiative, on peut lire :

« Juste comme une bibliothèque ordinaire, nous fournissons gratuitement des semences et des plantes que les gens peuvent donner après la floraison de leurs fleurs afin que nous puissions les transmettre à d’autres. »

Parlant avec la fondatrice, Mme Mélanie Oulette, elle me dit qu’il y a trois grandes raisons qui l’ont poussé à créer cette initiative :

1. L’urgence de freiner le changement climatique

2. La réconciliation avec le peuple autochtone, et

3. La promotion de l’écoféminisme.

Cette jeune dame qui déteint deux Masters, de l’Université d’Ottawa (Ontario) et de Laval (Québec) respectivement m’explique, avec gaieté, la place d’Ottawa Wildflower Seed Library, dans l’ensemble du projet de la société d’aujourd’hui. Elle soutient qu’aujourd’hui, l’urgence à sauver notre maison commune est si claire que personne ne peut se permettre de rester indifférent.

Cette communauté des passionnés des fleurs indigènes, comme un des participants d’aujourd’hui appelle cette initiative, est une occasion de découvrir qu’il y a beaucoup de personnes, même dans nos entourages, pour qui la protection de l’environnement va ensemble avec le respect de l’histoire de notre société et son environnement.

Mme Mélanie souligne un autre point très important. Elle explique que pour comprendre l’effet de la colonisation dans notre société, il suffit de regarder comment les espèces des plantes envahissantes mettent en danger le futur des espèces indigènes. Elle raconte qu’aujourd’hui, tout le monde crie à la protection des abeilles, par exemple, or les abeilles dont ils s’agissent sont des abeilles colonisant qui malheureusement mettent en danger la survie des espèces indigènes qui sont plus adaptées au processus de pollinisation. Elle appelle donc, à travers cette initiative, nos compatriotes à être plus conscients des effets de colonisations sur le peuple autochtone de ce pays. Si les agissements des plants envahissants mettent en danger la survie des plantes indigènes, dit-elle, imaginez donc comment cela affecte des humains. La colonisation est une expérience très dévastant pour tous les êtres, même après plusieurs générations de cohabitation.

En outre, 75 % de centaines des personnes qui sont passées dans le lieu de l’évènement d’aujourd’hui sont des femmes. Un fait qui n’étonne pas la fondatrice d’Ottawa Wildflower Seed Library. Selon elle, les femmes sont des grandes protectrices de l’environnement. Voilà pourquoi, Ottawa Wildflower Seed Library est aussi une initiative au service de l’écoféminisme. L’initiative, en plus d’avancer la protection des espèces indigènes, crée une communauté pour ces femmes qui se battent pour protéger la Terre-Mère.

D’ailleurs, j’ai pris le temps de les observer, et je ne me rappelle pas, pendant que j’étais là, d’avoir vu beaucoup de messieurs qui ont apporté des fleurs ou d’autres plantes qu’ils auraient fait germer. Et même le peu qui était présent était aussi accompagné de leurs compagnons qui, dans beaucoup de cas, étaient plus enthousiasmés que leurs partenaires.

Ottawa Wildflower Seed Library est, en effet, un projet réussi, et une initiative innovatrice qui devrait être multipliée dans chaque région de notre pays et à l’étranger. Elle devrait être promue dans nos écoles et institutions d’enseignement à chaque niveau. En observant la joie de ces femmes et hommes ; en voyant leur dévouement pour la protection de l’environnement, et surtout, en regardant l’ingénuité de cette initiative, je suis sûr que chacun de nous peut contribuer à rendre notre maison commune plus habitable.

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