• Nnaemeka Ali, O.M.I

Lunch and Learn — Des Compagnies Minières Canadiennes en République Démocratique du Congo


Pendant que le monde joue au dé sur l’avenir de notre planète, la population du Congo meurt à petit feu. On peut le discuter, mais le progrès économique des pays occidentaux, y compris le Canada, serait autre sans le sang qui coule dans plusieurs pays en développement. Seulement le sang qui coule en Afrique, par exemple, apporte des millions de dollars à l’économie canadienne. Il n’y a aucune exagération dans cette affirmation. En effet, dans un rapport publié sur la page de Canadian International Developement Platform, sur les activités minières canadiennes en Afrique, on a un tableau épouvantable au sujet des mines canadiennes en active en Afrique. Pour l’année financière 2011 – 2012, le texte disait :

« Le Canada est un géant minier mondial et un acteur de premier plan dans le secteur minier de l’Afrique. 70 % des capitaux propres récoltés à l’échelle mondiale par l’industrie minière ont été recueillis à la Bourse de Toronto (TSX) et à la Bourse de croissance (TSXV). Des 10,3 milliards de dollars d’actions levées pour l’exploitation minière à la TSX et à la TSXV en 2012, 1,9 milliard de dollars ou 18,5 % étaient pour des projets en Amérique latine, tandis qu’un autre 1,7 milliard de dollars ou 16,5 % était destiné à des projets en Afrique.
Le rendement total estimatif des revenus, calculé comme la production totale de la mine X le prix international du produit au cours de l’année donnée, pour toutes les propriétés canadiennes en production en Afrique en 2012 était de 12,9 milliards de dollars. »[1]

Or le problème n’est pas seulement que le Canada s’enrichit sur le dos des Africains, mais que cet enrichissement se fait au prix de la vie des pauvres africains. C’est la situation que le père jésuite Jacques Nzumbu nous faisait découvrir au cours d’une activité « Lunch and Learn » — « apprends en mangeant » à l’Université Saint-Paul Ottawa. Cette activité de sensibilisation sur l’impact des investissements miniers canadiens à RD Congo est un projet du Centre Oblat, une voix pour la justice et le Canadian Jesuits International.

Le présentateur est bien préparé pour son leadership dans cette campagne de sensibilisation qu’il mène depuis plusieurs années afin que les compagnies minières respectent le peuple congolais, mais aussi la Terre mère. Il a un bagage intellectuel impressionnant — spécialiste en conflits minéraux, diligence raisonnable et chaînes d’approvisionnement, énergie renouvelable, sauvegarde d’énergie et transition technologique. Il est aussi titulaire de plusieurs maîtrises : en gouvernance et la politique publique en matière de ressources naturelles ; dans les affaires internationales : l’économie, la politique et le droit des affaires ; et dans le leadership ignatien, et doctorant en politique publique de l’énergie et des mines à l’UQAM (Montréal).

C’était un moment émouvant, car le P. Jacques avait une très belle maitrise de son sujet avec des photos à l’appui. La participation était bien modeste permettant un bel échange entre lui et un auditoire glué à ses lèvres. Les gens étaient visiblement émus surtout lorsqu’il démontrait que presque chaque appareil électronique, téléphone, ordinateur, machine à laver et y compris même nos voitures électriques sont directement ou indirectement liés à la souffrance des enfants et le viol des femmes dans son pays natal. Retenons que 70 % de cobalt, un métal précieux et très utilisé dans les technologies modernes, est produit dans une condition inhumaine à RD Congo.

Un participant originaire du Congo est parti en sanglot pendant qu’il expliquait comment il s’est retrouvé au Canada. Au fond, s’il se trouve au Canada aujourd’hui c’est contre sa volonté, car si la RDC était l’architecte de sa propre histoire ses citoyens n’auraient pas besoin de se déplacer pour étudier. Pourtant, aujourd’hui, il est loin de sa terre, sa famille et ses amis. Il a même précisé qu’il ne demande pas aux compagnies canadiennes et d’autres compagnies occidentales et asiatiques de quitter le Congo. Mais il les appelle à être équitables et de respecter l’indépendance de son pays et le droit de ses citoyens. « Nous sommes tous frères et sœurs et le monde est assez large pour nous tous », soulignait-il. Et puis, de conclure qu’il est donc temps de reconnaitre que le confort de l’occident est procuré avec le sang de pauvres gens et le viol des femmes dans les pays en développement.

[1] http://cidpnsi.ca/canadian-mining-in-africa-2/

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