• Nnaemeka Ali, O.M.I

Marcher Ensemble Sur le Territoire Algonquin

Updated: Sep 8


Kuei, kassinu Innuat ! Une salutation du territoire algonquin d'Adawe. Nous sommes plusieurs à marcher ensemble (mitshetutenan) sur le territoire algonquin (Omàmiwinini-assi) Hier, j’ai eu l’honneur de visiter le Centre autochtone de l’Université Saint Paul d’Ottawa. C’est un centre impressionnant au cœur de cette Université chère à ma famille religieuse. J’entendais déjà parler de ce centre très accueillant qui fait la fierté de cet institut bilingue d’enseignement supérieur situé au cœur du territoire algonquin.

Au cours de la présentation, Mlle Gabrielle, une brave jeune autochtone nous a permis de découvrir, sur le mur du Centre, l’étendue du territoire Algonquin. Curieusement, cet exercice m’a ramené au Nord. Et pendant qu’elle parlait, je me suis retrouvé spirituellement dans le train Tshiuetin sur le long de Mishta-Shipu (Rivière Moisie) en remontant le chemin vers le Nord dans le Nuitshimit du peuple innu. Et lorsqu’elle nous rappelait du rôle que l’orignal a joué dans la survie de son peuple, j’imaginais ce que voyaient les Innus lorsque les caribous de la Rivière Georges marchaient encore sur les lacs gelés et les montagnes ensevelies sur la neige près de la communauté de Matimekush-Lac John (Schefferville). Devant un petit canot disposé dans ce Centre, je voyais les jeunes innus qui continuent encore, aujourd’hui, de portager sur le nitassinan de leurs ancêtres. Elle me rappelait le récit du portage fait par une jeune innue, Mlle Mathilde Vollant, après un bon portage de ressourcement dans le territoire de son peuple.

Et pour un bref moment j’ai pu revoir quelques visages familiers des territoires innus de la Côte-Nord. J’ai même cru, un moment, être transporté au Nord, dans ce village de la terre rouge, et je réécoutais monsieur Grégoire Gabriel nous raconter l’histoire de chasse au caribou et la pêche sur la glace. Un rêveur, vous direz, mais pour mon cœur qui a côtoyé ce territoire immense, c’était plutôt un retour à la source

En effet, pour moi, le Canada c’est chez le peuple innu. Arrivé en plein hiver de l’année 2014, j’ai débuté mon aventure nordique auprès de mes frères et sœurs innus. Timidement, j’ai commencé à apprendre l’histoire, la langue et la culture de ce peuple nomade. Et rapidement je suis devenu un missionnaire nomade sans domicile fixe ; sillonnant, régulièrement, l’Est chez les Ekuanitshinnut et le Nord dans la Communauté innue de Matimekush-Lac John. J’ai même appris à me sentir chez moi dans chaque Communauté innue indépendamment de leur différence géographique.

C’est drôle à dire, mais je pense que je commence déjà à m’ennuyer de la belle Côte-Nord et son vaste territoire. Imaginez l’impression qu’on a quand on se longe sur la 138. Même le doux bercement dangereux que cette route serpentine fait ressentir ses usagers n’empêche pas d’admirer la beauté de la côte du Saint Laurent. En vérité, on est tous d’accord que la Côte-Nord est charmante, mais encore positivement envoûtante pour une personne qui s’est déjà sentie nord-côtière.

Aujourd’hui, j’ai l’impression d’éprouver un sentiment que j’ai eu le soir d’un 23 décembre 2014 lorsque je suis atterri, en plein hiver, dans ce pays d’hiver. C’était ahurissant de voir des enfants jouer dehors dans un tel froid. Il m’a pris quelque temps pour tomber en amour avec ce territoire. Et pour plus de 7 ans, j’ai parcouru la vaste étendue de ce pays hivernal. Abord de l’oiseau inuit ainsi que sur le rail du vent du Nord (Tshiuetin), on n’admire jamais assez la beauté de ce territoire ancestral Innu.

Mais comme on le dit bien, chaque chose a une fin. Mon séjour dans cette partie de notre beau pays s’est interrompu pour un temps d’étude. Aujourd’hui, j’ai donc entamé cette aventure qui me permettra d’approfondir mon expérience à travers une formation universitaire.

Quand je suis arrivé dans les communautés Innuat, j’étais bien timide, car fraîchement ordonné, je ne faisais encore que répéter ce que j’ai assimilé au cours de mes longues années de formation. Mais, rapidement, les Innus m’ont obligé d’atterrir sur la terre. La foi et l’expérience de Dieu des Innus m’ont tellement bouleversé que j’ai appris à m’interroger sur la profondeur de mes années de formation philosophique et théologique. Il y a autant d’autres expériences de Dieu et plusieurs lieux de rencontre avec Dieu auxquels j’aurais aimé que mes professeurs me présentent.

J’aurais souhaité, par exemple, qu’ils me parlent d’une possibilité de rencontrer Dieu dans la nature ou de pouvoir, en plus de l’eau, se purifier avec les sauges. J’aurais adoré qu’ils me parlent de l’expérience religieuse des peuples de la terre ou encore le rituel inspiré du respect de nos ancêtres. Jeune prêtre, j’étais étonné de découvrir la puissance d’une cérémonie spirituelle ou encore l’effet d’un bon mateshan.

C’est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles j'ai choisi l’Université Saint Paul. Depuis mon arrivée au Canada, cette Université m’a toujours permis, à travers ses programmes, de découvrir la richesse de la spiritualité autochtone. Désormais, je suis sur place comme alliés de mes amis innus dans la faculté de théologie. Je voudrais que mes collègues découvrent, comme moi, la profondeur et l’authenticité de l’expérience spirituelle des peuples autochtones. Ensemble, nous allons creuser en profondeur pour retrouver les trésors cachés de la spiritualité autochtone. Qui sait, nous aurons, probablement, la chance de découvrir les textes sacrés dans les conTEXTES innus et d’autres peuples autochtones. Et avec l’aide de nos professeurs, nous écrirons une nouvelle page sur la théologie autochtone. Ceci est mon souhait, et les ancêtres innus et africains m’accompagneront dans cette démarche académique.


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