• Nnaemeka Ali, O.M.I

Pendant que les Yéménites Meurent ...



Le National Geographic a consacré le numéro du septembre 2022 à des personnes qui luttent pour réinventer leur milieu de vie ou de notre écosystème. Les articles varient en sujet, mais aussi en lieu. Chacun fait l’état de relation entre les acteurs ou les actrices avec leur milieu de vie. Et même si les auteurs ne les disent pas, on retrouve presque partout les empreintes digitales des humains, soit des mains constructives ou celles destructives.

Dès le début, il présente le parcours de Martin Gregus Jr., photographe et passionné de la vie marine qui a passé deux mois en Arctique canadien sur la trace d’une famille d’ours blancs (8-16). Une découverte inédite qui montre un aspect doux de ce plus grand prédateur du monde.

Et puis, comme une volte énergétique, le lecteur est transporté au sommet du mont Everest où quelques braves électriciens défient une température glaciale et un vent rude pour installer une nouvelle station météorologique dans ce climat inhumain (19-22). Grâce à leur effort, nous pouvons avoir accès à des données cruciales sur le changement climatique que le monde subit aujourd’hui.

Il y a aussi quelques autres articles dans le domaine de biologie comme celle sur une biologiste péruvienne. Rosa Vásquez Espinoza explore la vie des microbes qui réussissent à survivre dans Shanay-timpishka, une rivière qui bout à 80° sans qu’on ne sache le pourquoi (28). Cette jeune scientifique espère, grâce à ces microbes, trouver une solution à plusieursmaladies qui sévissent dans notre monde. Il y a aussi un texte sur un microbe qui transforme, sans qu’on le remarque, les arbres en engrais pour d’autres habitants de nos forêts (82-99).

En plus, il y a une panoplie d’articles sur la vie en société. Il y a par exemple celui de Mark Covington qui, pour lutter contre la pauvreté dans son black neigborhood, s’est investi dans le jardinage (68-71). Provoqué par la présence d’un dépotoir à ciel ouvert dans sa communauté, il a décidé de les transformer en jardin communautaire. Aujourd’hui, ce projet qui a timidement commencé nourrit la population d’un petit village à Détroit. On y retrouve le récit sur des citoyens ordinaires qui se mobilisent pour aider les plus abandonnés de leurs communautés : Carmona Cruz (65-67), Elizabeth Gunderson (80-81), ou encore les membres de Badger-Two Medecine community au Montana qui se battent pour faire revivre leurs cultures ancestrales (74-77).

Mais le plus triste récit c’est celui sur les artisans qui mettent leur vie en danger pour restaurer les ruines de la guerre au Yémen (100-127). Dans ce texte très illustré, Iona Craig nous fait, grâce aux images de Moises Saman, l’anatomie de ce qui reste du Yémen.

Partant du récit des restaurateurs qui, sur la pluie des canons, continue de restaurer ce qui reste de la civilisation yéménite. On parle ici d’une maison en brique crue datant de plus de 350 ans, mais qui depuis l’occupation de Yémen disparait tranquillement sur la surveillance des communautés internationales. En plus de cela, les monuments historiques comme le temple et le royaume de Reine de Sabah s’émiettent tranquillement. C’est une horreur de voir les pailles de débris qui rappellent qu’il fut un temps quand ces lieux étaient sacrés et un centre historique.

Presque dans chacune de ses pages, on retrouve des enfants avec l’air abattu. Ils semblent hypnotisés face à ce qui reste de leurs pays, et de son histoire. Entre-temps, nos sociétés dites civilisées continuent de rêver d’aller dans la lune ou même de créer une armée de l’espace alors que notre monde s’effrite sur nos regards.

Des rebelles ainsi que la force gouvernementale continue d’espérer rapporter la guerre sans tenir comptent que leur pays ne reste qu’en nom. Les fantômes de ses monuments sont sur le point de disparaitre et la génération future déjà presque toute privée de la possibilité d’espérer pour un avenir quelconque.

Cependant, face à ces récits décourageants, on devrait se demander ce que fait notre société pour sauver la planète de notre folie humaine. Des ours peuvent être les animaux les plus féroces du monde, mais ce que nous révèle l’expérience du photographe Martin Gregus Jr montre que les plus grands prédateurs du monde sont plutôt les humains. Nous sommes, au dire de Edgar Morin (Seuil, 1973), les homo-sapiens-demens, qui prennent plaisir à détruire pour détruire.

Mais qui sont derrière la destruction de Yémen ?

Aujourd’hui, il est connu qu’à chaque coin du monde où les armes retentissent, nos « Oncles Sam » n’y sont pas loin. Comme le vautour, ils rôdent, camouflés en artisans de paix, de fois en Casques bleus, mais au fond, comme les chiens de chasse, ils reniflent partout pour détecter l’odeur du dollar. Du Nord, dans les territoires autochtones en passant par l’Amazonie jusqu’aux villages les plus éloignés d’Afrique, ils fouillent au sous-sol pour dénicher les fers et les pétroles.

On ne devrait plus craindre de dire, aujourd’hui, que le dollar contrôle le monde. Quand vous visitez certains territoires Innus au nord du Québec, vous pouvez pleurer sur l’état de ces territoires immenses. Les lacs et montagnes artificiels sobrement et pitoyablement décorent ces étendues sacrées. Pourtant, la cruauté de nos pays développés ne se sent pas assez dans ces territoires nordiques. Le pire se voit dans les pays comme le Yémen, au nord-est du Nigeria, à l’est de la République du Congo, en Ukraine, etc., où nos gouvernements jouent au cache-cache. N’est-ce pas que notre ami Vladimir continue d’avancer sans pitié dans l’est de l’Europe ? N’est-ce pas que nous sommes tous indignés de ce monstre qui ne respecte ni homme ni dieux ? Dans nos églises comme dans nos maisons, les drapeaux bleu jeune flottent en sympathie avec nos sœurs et frères ukrainiens.

C’est évident qu’il faut tout faire pour arrêter ce dictateur qui se prend pour les dieux. Mais ne remettons pas encore nos épées, car la bataille continue de progresser ailleurs.

Combien savent que certains de nos gadgets électroniques sont produits sur la sueur des enfants-soldats et des pauvres exploités en forêt équatoriale ? Je ne veux pas nous faire sentir mal à l’aise. Ce sera nous rendre la tâche trop facile. Se sentir mal à l’aise est un luxe que les habitants du Yémen n’ont plus depuis que nous avons décidé de vendre des armes à l’Arabie Saoudite.

Au début du mois d’août dernier, le Pentagone a approuvé une entente permettant au gouvernement américain de vendre des armes à l’Arabie Saoudite et aux Émirats arabes unis. Cette dernière attente va rapporter plus de 5 milliards de dollars dans la poche de nos chers voisins. Mais entre-temps, toutes ces armes continuent de ruiner le Yémen.

Le premier ministre du Canada, M. Justin Trudeau, peut nous paraitre comme un homme de paix, mais l’implication du gouvernement canadien dans le conflit qui détruit le Yémen ne lui donne aucun crédit. Son gouvernement n’a pas hésité à confirmer une entente de 15 milliards de dollars de vente d’arme à l’Arabie Saoudite. Ces armes et d’autres procurées un peu de partout pleuvent sur le ciel de Yémen. Aujourd’hui, les Yéménites meurent en grand nombre, le pays dilapidé, et le sous-sol ainsi que des objets historiques pillés.


Précisons que ses citoyens ne sont pas non plus innocents. Les rebelles Houthis qui se disent les partenaires ou supporteurs d’Allah ne sont aussi qu’un autre groupe qui profite de la religion pour avancer leur projet capitaliste. Ces membres du Zaidi Shia, supportés par Iran, le capital Shiite de l’Islam s’en foutent aussi de la survie des Yéménites. La destruction rapide des artefacts, et la profanation des lieux sacrés ne découragent pas non plus ces vautours qui au nom d’Allah détruisent l’avenir de leur peuple.

Bref, même si les pays occidentaux continuent de vendre au monde l’illusion d’une démocratie, on sait bien que derrière leur projet dit de pacification et de démocratisation se cache le monstre aujourd’hui déguisé en capitalisme. En plus de ce capitalisme politique, il faut se méfier du capitalisme religieux. Ils sont tous une médaille et son envers. Pire encore, si les deux groupes tournent leur regard sur une nation, le peuple est ruiné pour toujours.



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